Je ne suis pas Charlie…

Je n’ai pas toujours été capable de rire de leurs provocations. Il m’est même arrivé de penser qu’ils allaient un peu trop loin. Mais parallèlement, j’ai toujours pensé qu’ils étaient nécessaires.
Parce qu’il ne s’agissait pas de provocations gratuites ou même bêtement crasses. Parce que je savais (ou en tout cas croyais savoir) d’où venaient leurs intentions et que je ne pouvais que respecter et apprécier leur humanisme même si j’avais personnellement choisi d’exprimer le mien d’une autre manière.

Ce n’est pas facile d’être Charlie. Je veux dire d’être réellement Charlie.
Parce que cela demande beaucoup de courage. Une conviction et une cohérence avec ses propres valeurs, capables d’être poussées jusqu’au bout. Dans l’extrême provocation et même aujourd’hui dans la mort.
Je pense vivre au plus près de mes valeurs mais je doute d’avoir cette extraordinaire capacité à continuer à me tenir debout contre vents et marées et dans un risque réel et constant.

Je me réjouis de ce mouvement d’unité, de cet élan et je l’espère de certaines prises de conscience de part et d’autre mais ne peux d’ores et déjà m’empêcher de m’interroger aussi sur la durabilité de l’impact que cela aura sur nous, sur nos sociétés et sur le monde. Et je m’interroge et m’inquiète aussi de savoir quels seront les impacts et conséquences.

Non, je ne suis pas Charlie, mais ce soir, je serai là, devant le consulat.
Pour rendre hommage à ceux qu’ils étaient, à ce qu’ils croyaient et défendaient.
Pour cette liberté d’expression qu’ils revendiquaient et à laquelle je l’avoue, je n’adhère pas forcément. Pour diverses raisons dont je ne débattrai pas ici.
Plus que jamais aussi, je défendrai et revendiquerai l’existence de Charlie parce que, comme Ross Douthat (je vous invite à lire son edito –en anglais- ici), je pense aussi que : “Si un important groupe de gens est prêt à vous tuer pour avoir dit quelque chose, alors, ce quelque chose doit presque certainement être dit parce que sinon, les personnes violentes ont un droit de véto sur la civilisation libérale, et dans ce cas, il n’y a plus de civilisation libérale. Une fois encore, le libéralisme ne repose pas sur le fait que tout un chacun peut offenser n’importe qui d’autre sans cesse et il est OK de préférer une société où, dans son propre intérêt, l’outrage est limité plutôt que généralisé.
Cependant lorsque les offenses sont combattues par le meurtre, c’est lorsque nous nécessitons plus d’offenses, pas moins, parce que l’on ne peut pas permettre que les meurtriers pensent, ne serait-ce qu’un instant, que leur stratégie peut réussir. ”
(désolée pour la traduction pas terrible mais, je l’espère, néanmoins compréhensible)

Voilà pourquoi sans doute, entre larmes de tristesse et de colère, ma première réaction a été de publier sur mes divers profils FB des couvertures controversées de Charlie Hebdo avec la légende suivante : Pour que la volonté de faire taire ce magazine leur donne au contraire plus de visibilité.

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32 réflexions au sujet de « Je ne suis pas Charlie… »

  1. Bravo de le dire !
    Avant la tuerie, les fans de Charlie était suffisamment rares pour que le journal coule et soit renfloué régulièrement.
    Et soudain la terre entière veut du Charlie ? à moins que ce ne soit le goût du sang qui attire les corbeaux.
    J’ai failli poster avec ce titre mais pour d’autres raison, car je suis assez fan de ces gars là, et pas du tout des résistants de 46.
    De plus, Charlie n’est pas le plus radical. Lors de la scission autour de Val, les « meilleurs » sont partis avec Sine. http://www.sinemensuel.com/ est beaucoup plus hard, et personne ne les tue.
    C’est la preuve que les assassinés ont été choisis pour leur audience relativement importante et politiquement presque correcte, et non pour l’offense faite à un dieu qui n’existe comme tous les dieux … que dans l’esprit des croyants ;-)

    • En lisant ton billet, je me suis rendue compte que mon titre pouvait semblait « revendicateur » ou « provocateur » alors qu’il m’est venu tout naturellement, mais pas du tout associé à cet état d’esprit.
      Et maintenant que j’ai lu que JM LP disait la même chose… Euh… ;)

      Je vivais déjà ici lorsque la scission a eu lieu et ne connais donc pas le magazine de Siné (Merci pour ton lien à ce propos) et il m’est donc difficile de juger du contenu de ce journal. D’après le peu que j’ai pu voir de leurs couvertures, il me semble tout de même que ce journal se focalise moins sur les religions (et notamment sur leurs dérives) que Charlie Hebdo.
      Or, les couvertures sont bien plus visibles et lisibles.
      Je crois donc qu’au-delà de leur audience, c’est bien la récurrence de la thématique religieuse dans leurs couvertures qui ont cristallisé la haine d’intégristes et ont fait de Charlie Hebdo un symbole à abattre pour les uns et, désormais, un symbole de la liberté d’expression pour les autres.

  2. Ce qui m’attriste infiniment c’est que des types entre dans un immeuble et des dégomment à bout portant des dessinateurs, des humoristes…
    Finalement que ce soit Charlie Hebdo (que bien peu de monde connaissait et dont beaucoup se revendique aujourd’hui) est-il l’essentiel? Je serais aussi choquée si l’attaque avait eu lieu au siège de ELLE (qui prône une image de la femme « libérée »), ou au siège de Voici, ou du Monde ou de Pomme d’Api!
    Ce qui est monstrueux c’est le drame humain qui a eu lieu au nom d’un dieu…
    Il se trouve que j’aimais beaucoup Cabu et Wolinski qui ont largement contribué à déniaiser mon esprit d’ado.Alors forcément je suis encore plus touchée, plus choquée… Et puis des dessinateurs… On n’assassine pas des dessinateurs pour leurs idées… :-(
    C’est vraiment la fin d’une époque pour moi. Je crois que je déteste le XXIème siècle. Vraiment.

    • Oui, je suis d’accord avec toi, ce qui est profondément triste et choquant, c’est que l’on puisse continuer à tuer pour des idées, des opinions différentes, des tentatives de dénoncer certains comportements et conceptions pour ouvrir à une autre réflexion…
      Et je dis continuer car malheureusement, ceci n’est pas un mal du XXIème siècle (le phénomène a au contraire diminué mais comme l’acception de cette violence est -heureusement- bien moindre, la perception en est renforcée).
      L’histoire des guerres de religion est précisément ce qui m’a détournée enfant de la religion. Comment pouvait-on à la fois proclamer certaines valeurs et les bafouer allègrement par des actes, tout en prétendant le faire au nom de celles-ci ?
      Comment expliquer et légitimer cette incohérence évidente pour la plupart d’entre nous ?
      Je n’y suis personnellement jamais vraiment parvenue même si je peux, rationnellement distinguer les différents mécanismes qui peuvent amener certaines personnes à « raisonner » ainsi.

      Etant moi-même émotionnelle, je comprends parfaitement ton indignation et incompréhension mais comme le fait si justement remarquer Personne ensuite, les dessinateurs sont une cible importante car les dessins sont un vecteur de fort impact, du fait de leur visibilité et accessibilité.
      Nul besoin de savoir lire, ni même de faire un effort de lecture pour comprendre le message ou en faire sa propre interprétation…

      Oui, moi aussi j’aimerais que l’obscurantisme et l’intolérance aient disparu du 21ème siècle mais…

  3. « Et je m’interroge et m’inquiète aussi de savoir quels seront les impacts et conséquences. »

    Question légitime… aux U.S., ça a été le « patriot act ». Nous ne sommes pas les U.S., j’espère qu’on n’en arrivera pas à quelque chose de plus ou moins similaire. Nous sommes coincés entre des débiles fanatiques et une société économique avide de main-mise sur les libertés individuelles, d’une manière beaucoup moins frontale mais tout aussi active.
    J’espère aussi que ça ne va pas déborder dans des violences gratuites contre les mauvaises personnes. A l’heure où la pauvreté d’esprit est un sport national et où ça défoule d’avoir des boucs émissaires sous la main…

    En tout cas, bravo pour ta prise de position, tu es claire avec toi-même. Je me permets d’arborer le « je suis Charlie », parce que je fais passer les idées devant la menace, lorsque le choix n’est plus donné… quel qu’en soit le prix à payer. Mourir de cancer ou d’Alzheimer ne m’intéresse pas plus que ça, ça manque de panache ;-)

    • Comme tu l’as bien compris, c’est effectivement à divers niveaux que je m’inquiète des impacts et conséquences. J’essaye de prendre en compte dans ma réflexion les rebondissements positifs (car je veux crois qu’il y en aura, il y en a d’ailleurs déjà quelques uns) mais… j’ai du mal à faire preuve d’optimisme, du moins sur du moyen terme.

      Ainsi que je l’ai dit plus haut à PPM, je ne renie absolument pas ce que j’ai écrit car je continue profondément à le penser et à le sentir en moi mais, il est important de préciser que j’ai écrit ce billet très rapidement, émotionnellement, sans penser à ses possibles interprétations et surtout sans revendication ni critique d’autres prises de positions.
      Sans même je crois la simple intention de provoquer une autre réflexion :D
      Je voulais juste livrer ici ce qui s’était joué en moi, depuis mes premières réactions émotionnelles à cette clarté, que tu soulignes et qui s’est faite en moi, peu à peu.
      Car pour tout te dire, j’ai eu de nombreuses réactions, totalement émotionnelles, sans réflexion consciente telles que publier ces fameuses couvertures. J’ai aussi eu le mouvement réflexe d’aller chercher une image « je suis Charlie » pour modifier mes photos de profils FB ou au moins la relayer dans mes statuts mais au moment de le faire, quelque chose m’a stoppé: une petite voix intérieure qui me disait que non, je n’étais pas Charlie. Malheureusement peut-être mais que c’était ainsi et qu’il me fallait être cohérente et honnête .

      Ton dernier paragraphe ceci dit, résonne tout de même en moi…
      Tu comprendras pourquoi si je retrouve mon billet :D

  4. Etre, ou suivre, Charlie, dès la première seconde, ça a été pour moi, synonyme de soutien à la liberté d’expression. Rien d’autre. Moi non plus je n’adhérais pas à ce que faisaient ces journalistes mais, je ne supporte pas l’idée qu’en France, en 2015, on puisse être tué pour des dessins. Peu importent quels dessins. Même s’ils m’ont dérangée, je ne les regardais tout simplement pas. Donc, je suis Charlie parce que j’ai envie de vieillir dans un pays où des gens pourront encore me choquer par leurs textes ou leurs dessins sans risquer leur vie.

    • Bonjour Béatrice.
      Merci de votre commentaire qui reflète bien je crois ce qui est dans la tête de beaucoup de gens (moi y compris) et ce qui les pousse aujourd’hui à revendiquer qu’ils sont Charlie.
      Comme dit plus haut, j’aime cet élan de solidarité, ce mouvement pour défendre son attachement à des idées et à la liberté d’expression et j’espère qu’il va perdurer et même s’amplifier car je crois justement que ces dernières années la liberté d’expression a sérieusement été effritée pour ne pas dire entamer, certainement parce qu’elle était plus subtile.

      J’aime beaucoup votre dernière phrase. Oui, moi aussi j’ai « envie de vieillir dans un pays où des gens pourront encore me choquer par leurs textes ou leurs dessins sans risquer leur vie ». C’est important d’être choqué car cela prouve que l’on est toujours vivant et toujours en mesure de penser et de questionner.

  5. Personne, j’ai finalement retrouvé ce billet auquel je pensais. Au cas où cela t’intéresse, il est ici:
    https://auxfilsdutemps.wordpress.com/2011/09/11/11-septembre/

    Que ce soit par hasard ou par « connerie » (car il faut bien l’avouer, mes principes et besoin de cohérence m’amènent parfois à me comporter et fonctionner de manière totalement déraisonnable ou insensée), je me suis retrouvée à quelques reprises en situations de danger et cela m’a fait comprendre que je n’ai pas peur de mourir. Cela m’a même sans doute rendue très fataliste.
    Pour autant, je réalise aussi qu’une chose est de risquer sa vie « ponctuellement », du fait de circonstances particulières et une autre de se savoir sans cesse en danger, comme par exemple ces juges ou policiers anti-mafia (pour ne pas seulement me référer au personnel de Charlie Hebdo). Il y a là un véritable courage et une profonde conviction dans son dessein que je n’ai pas.
    Ceci dit, je te rejoins, le cancer ou Alzheimer, ça manque de panache ;-)

  6. @Mia
    « Et maintenant que j’ai lu que JM LP disait la même chose… »

    Ne te sens pas coupable de dire quelque chose que le FN va reprendre à sa manière. Les communicants sont spécialistes de dire des gros titres concevables, mais dès que tu lis leurs textes qui développent leurs motivations, tu te rends compte qu’elles sont différentes de ceux qui ont ces gros titres en commun ;-)

    J’ai un peu le sentiment que tu te justifies dans tes réponses, comme si tu te sentais un peu fautive, ou en défaut, de ne pas faire comme tout le monde, ou du moins, de tempérer ton élan (j’interprète, je suis peut-être à côté de la plaque). Si tel est le cas (et si tel est le cas seulement), tu n’as pas à rougir de ta position, elle est tout à fait concevable, et réaliste même. Combien d’engouements de solidarité vont redevenir consensuels dans les jours à venir ? C’est pour cela que je te disais bravo plus haut, tu es réglo avec toi-même, donc au final… fiable.
    Pour ma part, je ne doute aucunement de ton implication, de ta solidarité. Personne n’est un héros avant d’avoir subi les conditions pour le déterminer de manière indiscutable.

    Je rends hommage à ta ligne de conduite :-)

    • Pour ma ligne de conduite personnelle, je ne me suis pas déplacé pour aller à une manif dans ma région. Quelles que soient les apparences en ma défaveur, je dis le plus tranquillement du monde, que je contiens ma rage contre l’obscurantisme qui s’est abattu ces derniers jours en France. Je soutiens l’ironie de Charlie Hebdo, son mauvais goût éventuel, sa provocation, et ça ne date pas d’il y a seulement quelques jours. Je n’appartiens à aucun groupe de pensée, du moins j’évite au maximum.
      D’un côté, il y a l’élan de solidarité démontrée dans les rues, très bien. De l’autre, il y a tout un tas de contradictions avec certaines sommités qui viennent montrer leur soutien devant les caméras, sommités expertes dans la répression dans leur pays, des représentants religieux aussi… des symboles dont les actes étaient dénoncés par ceux qui y sont restés. Si cela peut être une réponse médiatique pour dire « on n’a pas peur du terrorisme », pourquoi pas. Mais je ne suis pas sûr que cela rende un hommage aux victimes de Charlie Hebdo elles-mêmes.

      Ca aurait été aussi drôle que des nazis viennent verser leurs larmes sur la tombe du Général de Gaulle ou que des pédophiles viennent signer une pétition pour l’enfance en danger.

      Alors, sans moi… même si je partage la solidarité de rejet du terrorisme. Cela dit, je ne condamne pas ceux qui se sont déplacés, ils l’ont fait, pour la plupart, pour de bonnes raisons et surtout avec conviction ; cela sera utile de toute manière.

      Voilà ma chère Mia, je voulais m’associer à ta liberté de choisir une ligne de conduite qui ne sera peut-être pas la mieux perçue… et on s’en fout, parce qu’on est, nous, honnêtes avec nous-mêmes :-)

      • Dernièrement, on me rappelait avec beaucoup de sagesse que je devais porter mon attention non pas sur l’action de l’autre mais sur la provenance de son intention (Désolée mais mes traductions sont lamentables, du coup je préfère mettre la version originale, finaelment plus compréhensible je crois: This is not about what he does but where his intention comes from !)

        Et je crois qu’au final, sans pour autant minimiser l’effet qu’ont les actes, l’intention est un facteur important à prendre en compte.
        Il est effectivement parfois compliqué de relier intention et perception et plus encore de relier une intention à un résultat mais l’intention est un autre facteur de compréhension et d’appréciation.
        [C’est d’ailleurs (entre autres) ce qui m’a aussi permis de rire de certains de tes billets et illustrations, tout à fait dignes de figurer dans Charlie Hebdo car j’ai d’ailleurs toujours vu en toi cette même liberté de ton et audace à provoquer en ayant effectivement parfois recours au mauvais goût :D ]

        Oui, je crois effectivement que ces manifestations, quelles que soient leur forme, auront un impact ou au moins un effet (peut-être pas toujours clair ou contrôlé mais… ).
        Pour autant et comme tu t’en doutes, je ne trouve absolument rien à dire au fait que tu ne te sois pas déplacé car je crois effectivement que le plus important est d’être cohérent et honnête avec soi-même et aussi de trouver ses propres moyens d’expression.
        Mais, de la même manière qu’il n’est pas facile d’être courageux, il n’est pas non plus toujours facile d’être honnête avec soi-même car finalement cela requiert de pouvoir savoir qui nous sommes, vraiment, et ce qui nous meut sincèrement, indépendamment de nos croyances, nos peurs et désirs, de la pression extérieure (réelle ou pensée) et parfois aussi des circonstances.

        Alors je rends hommage à mon tour à ta démarche d’être vrai et libre, dans le respect de l’autre :)

    • Je te rassure, je ne ressens aucune culpabilité (il ne manquerait plus que ça ;D) mais il est vrai que cela provoque en moi le désir d’être éventuellement plus explicite pour ne pas créer d’amalgame et surtout une interprétation qui n’aurait rien à voir avec ma réalité.
      J’ai envie de préciser ma pensée et ma position pour être comme tu l’as si bien souligné au plus près et au plus juste de ce que je suis vraiment.

      Ton ressenti, tes mots et tes intentions me touchent une fois de plus beaucoup et, il pourrait effectivement m’arriver de ressentir cela mais ce n’est pas du tout le cas présentement.
      En revanche, grâce à ton commentaire, je prends néanmoins conscience d’un schéma à priori répétitif qui se joue en moi lorsque l’on me félicite.
      Cela me rappelle en effet curieusement un autre épisode survenu il y a quelques mois et où ma réaction a été du même ordre, si ce n’est totalement semblable.

      Lors d’une conférence en mai ou juin dernier, j’ai été amenée à intervenir, d’une certaine manière, là aussi à contre-courant et peut-être plus exactement aussi en faisant fi du silence et compromis que beaucoup avaient accepté. Cela m’a conduite à ensuite me lever et sortir, dans un silence de plomb -teinté aussi de stupéfaction.
      En chemin. alors que je passais à côté de lui, l’un des participants à loué mon courage. En entendant ces mots, j’ai senti un profond sentiment de gratitude car, personnellement, à ce moment là, je ne me sentais pas du tout à l’aise, plutôt dépassée par ce qui venait de se passer et ce que j’avais provoqué.

      Par un curieux hasard, lors de l’atelier auquel j’ai fait référence dans mon billet « connections », j’ai retrouvé cet homme. Il se souvenait parfaitement de moi et est venu une fois encore me féliciter pour avoir bravé « l’opprobre », osé dire aussi ce que certains pensaient et faire ce que beaucoup n’avaient pas osé faire
      ouvertement.
      A ce moment là, j’ai ressenti le besoin de le couper et de préciser les choses parce que je ne voulais pas qu’il se trompe sur moi, qu’il me voit comme une sorte d’ « héroïne » que je ne suis pas.
      Parce qu’à l’origine de cette histoire, je n’avais pas du tout prévu d’exposer mon point de vue et encore moins mon ressenti. J’avais simplement souhaité poser une question pour me permettre de déterminer si la suite méritait que je reste ou si au contraire, il était préférable que je parte pour ne pas plus perdre mon temps. Seules la réponse et la question de l’un des intervenants m’avaient obligée à préciser ce qui motivait ma question et déterminait ensuite mon action.

      Bref, il y a quelque chose en moi qui me pousse à préciser les choses, non pas pour les justifier mais pour expliquer que je ne mérite pas tous ces hommages ou cette admiration.
      Est-ce par souci d’honnêteté ? désir d’être vue telle que je suis, avec mes faiblesses et petitesses ? ou encore par ma vieille compagne l’exigence qui me pousse à minimiser certains de mes côtés ? Certainement un peu de tout cela et peut-être quelque chose d’autre chose aussi :D

      Ceci dit, ton hommage à ma ligne de conduite me fait plaisir car, je suis effectivemement capable de me reconnaître dans cet alignement entre ce que je crois, pense, sens et fais:)

      • Je dirais, ce n’est pas toujours facile d’accepter les compliments, parce qu’on ne se représente pas soi-même à l’image qui est faite par quelqu’un d’autre dans ces cas-là…
        Et même par extension, est-ce que l’équipe de C. Hebdo, la partie décédée autant que celle encore vivante, se sent-elle investie tout à coup de cette notoriété d’héroïsme, de symbole de lutte nationale contre le terrorisme ? Très franchement, et même si je ne peux me prononcer pour eux, je n’en suis pas convaincu…

        En tout cas, tant mieux s’il n’y avait pas de sentiment de culpabilité, je ne savais pas trop interpréter la raison de ces précisions, justement.

      • oui, tu as raison. Et cela ne veut pas dire que la perception de l’autre est erronée car la perception que nous avons de nous-même est aussi souvent déformée, lorsque certaines parties ne sont carrément pas « aveugles ».
        Tout comme toi, je tends à penser (et peut-être à me tromper) que l’équipe de Charlie Hebdo ont certainement le sentiment d’être dépassés par les événements et par la symbolique générée/révélée.
        Nos actes et nos choix sont souvent guidés par nos valeurs et émotions, à notre échelle individuelle, rarement pensés en terme de perception collective, là où se joue précisément la symbolique.

  7. Pour Le Pen, pas d’inquiétude, c’est un guignol fabriqué (sous Mitterrand de mémoire) pour incarner toutes les bonnes idées que nos politiques veulent évacuer du débat qu’il suffit de mélanger avec de la merde.
    C’est une vieille technique de manipulation basée sur l’amalgame, faut pas s’arrêter à ça.
    Je me fais régulièrement traiter de FN alors que ces gens là (les suiveurs du FN) me font juste pitié tant qu’ils ne font rien de mal.

    • Ce n’est pas tant une inquiétude que le souhait de ne pas être amalgamée justement à cet homme (ou à tout autre dans lequel je ne me reconnais pas).
      Je comprends la nécessité de généraliser parfois, en revanche, je n’ai pas encore trouvé d’utilité à l’amalgame et c’est sans doute la raison pour laquelle je tends à m’arrêter là-dessus et à le refuser.

      • L’utilité de l’amalgame ? elle est politique ! Richelieu je crois disait « tout ceux qui ne sont pas mes amis sont mes ennemis ». Et un autre « choisi ton camp camarade ».
        Le but à la fin, c’est toujours de faire des camps pour se taper dessus entre nous et surtout pas sur les organisateurs de ce bordel qui tirent les marrons du feu.
        L’utilité de l’amalgame n’est pas pour nous le peuple, c’est clair ;-(

      • C’est effectivement une excellente remarque PPM.
        Il est évident que s’il n’avait aucune utilité, l’amalgame ne serait sans doute pas utilisé par certains. :-/

  8. @Mia
    Ton cas s’aggrave !!
    Après un amalgame possible avec l’assertion de papa Le Pen, tu vas aussi te retrouver avec les défenseurs de l’attentat :-D
    Je te propose, pour te démarquer de toute ambiguïté, quelque chose comme « je ne suis pas Charlie mais en fait un tout petit peu quand même par rapport à d’autres » ;-)

    (respiiiiire, tout va bien)

    • Oui, j’ai vu ça !!!
      En fait, je me suis arrêtée aux titres sans prendre le temps de lire le contenu des articles mais me suis fait la même réflexion que toi :D
      C’est une bonne suggestion mais… non ! ;)
      Comme dit plus haut, j’assume mes écrits et mon ressenti, d’autant que je pense avoir éclairci suffisamment mon propos pour qu’il n’y ait désormais plus de malentendu.

      (même pas besoin de respirer aujourd’hui ;-), tout va effectivement bien)

  9. Je pense qu’il y a dans cette réaction peut-être aussi un autre sentiment bien caché, celui d’une certaine honte…Ou malaise en tout cas de ne pas avoir réagi avant, quand il était temps, même si peut-être ça n’aurait pas empêcher ce drame… D’avoir sous-estimé… Notamment quand leur local a été incendié et où ils se sont sentis bien seuls devant le peu de réaction, voire les excuses trouvées à ceux qui avaient fait ça…

    Je crois que c’est aussi une façon de dire, c’est peut-être un peu tard mais aujourd’hui quand même on ne se taira plus, on ne se taira pas…

    Et toi qui aimes les regards différents, dans la nuance, ce billet qu’une copinaute m’a passé, t’intéressera, je pense … http://billets-du-temps-perdu.blogspot.fr/2015/01/charlie-hebdo-des-francais-ont-tue.html

    Mais honte , certains ne l’auront jamais de quoi que ce soit , tu t’étonnais sur mon blog que j’ai pensé par avance à l’exploitation mercantile avec les tee-shirt, mais je n’avais même pas osé envisager cela, les charognards n’ont pas de limite à l’imagination : http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/13/suis-charlie-ceci-nest-marque-257069

    • Oui, je te rejoins dans ton analyse.
      Effectivement, ce lien m’a intéressée et j’aime beaucoup cette différence de perspective, en même temps que j’ai envie de la nuancer. Tout d’abord parce que je tique sur le terme de parents et ensuite parce que cela fait des années que j’observe que la responsabilisation des uns tend souvent à créer une déresponsabilisation chez d’autres. Alors oui, nous sommes tous porteurs d’une responsabilité mais il me semble désormais important de souligner ce « tous ».

      QUelle honte !

    • Euh… sur ce coup là, je ne te suis plus PPM. Est-ce dû à mon état de fatigue ? Personnellement, je n’ai trouvé aucun intérêt à ce billet mal écrit et confus (ou est-ce la résultante une fois encore de mon cerveau ?).
      Pour que les choses soient toutefois claires (enfin je l’espère), de la même manière que je différencie les musulmans des intégristes, je n’amalgame pas non plus les juifs aux ultra-orthodoxes.

      • Je ne veux surtout pas prendre le parti contraire (accuser les sionistes) car en cela j’obéirais à la logique de guerre qui est portée par nos dirigeants et nos média.
        Je veux seulement donner un éclairage discordant pour sortir du manichéisme ambiant avec des gentils juifs innocents qui sont tués par des terroristes islamistes : une réalité aussi simpliste est forcément fausse !
        Si véritable terrorisme il y avait, la manif eût été un bain de sang … à moins que Charlie n’ait profité des 3 seules kalachnikov de cet immense réseau mondial ;-)
        Pourquoi un tel temps d’antenne offert au jihad ?
        Je n’ai pas de TV, j’écoute rarement la radio, et je suis horrifié de constater la propagande radiophonique à l’occasion dans la voiture : inter, culture, rtl, europe1, tous au garde à vous à faire des blagues ou des réflexions profondes sur le terrorisme islamique qui pour moi n’existe pas.
        Pour Charb non plus ce terrorisme islamique n’existait pas, et c’est pourquoi il forçait le trait en rigolant, car il ne n’est jamais senti en danger !
        Faire parler les morts, et raconter partout qu’il s’est trompé et qu’il aurait du les prendre au sérieux (limite que c’est de sa faute) le ferait se retourner dans sa tombe (moi aussi j’ai le droit de faire parler les morts, il n’y a pas de licence pour ça).
        Tiens, une autre lecture intrigante :
        http://www.panamza.com/160115-suicide-charlie-bougrab

  10. J’apprécie beaucoup ton billet. Je suis tout à fait conscient d’avoir « moutonné » dans les derniers jours, j’ai porté cette feuille de papier photocopiée à la va-vite « Je suis Charlie », j’ai moutonné et j’ai moutonné de plaisir tout de même… Pourtant j’ai peur du lendemain et je crois qu’on est un tout petit peu dans la merde…

    Bleck

    • Réagir sous le coup de l’émotion n’est pas moutonner.
      Portée par ma colère et ma tristesse, j’ai moi aussi eu ce mouvement de me sentir Charlie. Je crois avoir même écrit chez toi que j’étais moi aussi Charlie. Et au moment où je l’écrivais, je le pensais, je le sentais mais une fois posé… d’autres vérités se sont mises en place.

      Je crois que ne pas se préoccuper de ce qui peut survenir (et elles sont nombreuses les conséquences possibles) serait faire preuve d’inconscience.
      Je veux croire tout de même que d’autres choses positives pourront surgir de tout cela.

  11. Le manque de lecteurs de Charlie , ne signe pas un rejet du blasphème, de l’impertinence, de l’humour gras. Ancien lecteur d’Hara-Kiri, CH me paraissait bien trop conventionnel par rapport à ce qui se faisait auparavant dans le journal « bête et méchant ». D’autres personnes de mon entourage soulignent également, que le format hebdomadaire rebute, voire même que les priorités financières changent avec le temps. CH c’est l’histoire d’une époque avec une relève bien molle…

    Pour ma part, je prends conscience que le droit au blasphème mérite de devoir investir de temps à autres dans un canard comme celui-ci. Je ne veux pas d’une société aux valeurs morales nivelées et je m’engage de l’acheter de temps à autres.

    C’est la critique acérée de la religion, de la société, qui permet d’actionner les leviers du changement. A fortiori dans un monde ou l’image et le paraître revêtent une si grande importance. J’aime donc Charlie, je suis Charlie.Naviguer à contre-courant, c’est avant-tout refuser le nivellement de la pensée, de la morale dans ce positivisme new-age douteux servie dans la soupe médiatique.

    C’est une leçon de vie que m’inspirent tous ces morts.., merci à eux de m’avoir réveillé aussi violemment!

    • Bonsoir Wurtzele.

      Merci de votre commentaire qui exprime bien mieux que je n’ai su le faire les raisons pour lesquelles j’estimais et estime toujours que ce type de publications est nécessaire.

      Je dois reconnaître que je continue par ailleurs à être tiraillée entre une « logique » de liberté d’expression et une autre de responsabilité.
      Pour autant, j’aime beaucoup votre congruence et j’espère que d’autres vous suivront et continuerons à acheter CH de temps en temps.

      Je réalise que ma propre démarche s’apparente plutôt à un acte de résistance. Soutenir / tenir pour que ceux qui pensaient obtenir le silence ne l’obtiennent pas :-/
      Merci à vous de m’inspirer

  12. A vous tous auxquels je n’ai pas encore répondu, sachez que je suis vraiment désolée de mes délais de réponse et plus encore de ne pas non plus pouvoir prendre le temps de vous répondre comme je le souhaiterais, à savoir en développant toutes les réflexions qui me sont venues en lisant vos commentaires.
    Pour une fois, je commenterai de manière brève, non pas par manque de respect ou de désintérêt mais parce que je viens seulement de rentrer, n’ai même pas encore pris le temps de dîner mais en ai également marre de repousser ma réponse à un « plus tard, lorsque j’aurais du temps devant moi » que je ne vois pas venir.

    Merci de vos apports et de votre patience

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