Les objets

J’ai toujours détesté les bibelots car je ne voyais en eux que des ramasse-poussière, sans utilité.
Mais cela ne m’a pas empêchée d’accumuler d’autres objets, pas forcément plus utiles d’ailleurs.
Cela a d’abord été des livres, puis des vinyls et CD et surtout, des vêtements, beaucoup de vêtements, des tailleurs en double, voire en triple exemplaire et plus encore des chaussures, dont bon nombre jamais portées.

Et puis, j’ai peu à peu comblé des fêlures, me suis peu à peu rassérénée aussi et suis passée à d’autres choses et d’autres dépenses, liées à mes nouveaux besoins et ma nouvelle manière de vivre.
Mais alors que j’avais accepté de “tout” laisser derrière moi (mes amis, un job et un avenir professionnel enviables, un appart que j’adorais en plein centre de Paris), je n’avais pu me résoudre à donner ou vendre la plupart de mes meubles.
J’avais été capable de donner des quantités incroyables de fringues et chaussures (alors même que celles-ci avaient longtemps représenté l’une de mes rares passions !), j’avais même pu vendre quelques livres mais n’avais pu m’empêcher de sentir un gros pincement au coeur en « abandonnant » sur le trottoir mon canapé et en constatant par la suite qu’une table de salon (que j’avais pourtant remisée à la cave!) avait été oubliée dans le déménagement.

Je pensais alors que mes meubles m’offriraient quelques points de repère et de stabilité dans un environnement complètement différent et étranger. Et ils ont certes joué ce rôle mais lorsque nous sommes par la suite partis aux Etats-Unis, j’ai réalisé que je n’avais en fait pas besoin de cela pour me sentir “chez moi”. Chez moi, c’était là où je décidais de me poser.

Pour autant, j’ai réalisé aussi que je n’en restais pas moins attachée à certains objets et que ce détachement matériel auquel j’aspirais (et aspire encore) n’était pas (encore?) à ma portée.
Et cela me dérange profondément car je suis consciente du poids que cet attachement représente, des limitations et entraves qu’il met dans ma vie.
Ainsi, je ne me sens pas capable de procéder à un échange d’appartement de peur que… ma table et mes chaises que j’ai mis si longtemps à trouver et dont je ne me suis toujours pas lassée ne soient rayée ou abimées, mes services de table que j’aime tant ne soient cassés…

Oui, j’adorerais être détachée de ces trucs, machins et bidules qui font partie de ma vie pour ne voir en eux  qu’un aspect utilitaire et qui les rendraient facilement interchangeables voire même totalement dispensables.
Mais… même si je n’ai pas vraiment de lien émotionnel avec ces objets que j’aime tant (aucun souvenir ne les lie à une personne en particulier, ni même à un évènement), chacun d’entre eux a fait l’objet de longues recherches et comparaisons.
Chacun d’entre eux aussi a représenté à sa manière un coût important (tout est bien évidemment relatif) que j’ai finalement accepté d’assumer parce que se joue alors quelque chose de l’ordre du coup de foudre ou de la rencontre qui fait qu’au final, on sort sa carte bancaire en se disant que ça en vaut la peine !

Curieuse cette ambivalence qui se joue en moi !
Un jugement dépréciateur sur ce côté “superficiel”, cette insuffisance intrinsèque qui me pousse à recourir à certaines choses extérieures pour sentir ce plaisir qu’offre la beauté et cette sensation très particulière d’un regard appréciateur et satisfait.
Et puis, d’un autre côté, ce sourire sur mon visage et cette châleur et ce bien-être dans mon corps et dans ma tête tandis que ce même regard parcourt la pièce, heureux de ce qu’il voit.

Cela fait bien des années que je ne gaspille plus mon argent en choses que je n’utilise pas ou peu. Cela fait des années aussi que je gère avec une grande vigilance mon budget car je redoute le fait d’être à découvert et suis Plafond SàMmal à l’aise avec l’idée de crédits pour des “petites” choses.
Pourtant, ma fin du mois sera un peu difficile.
Mais, lorsque mon regard se pose sur ce luminaire que je cherche depuis bientôt 2 ans, je me sens profondément heureuse et me dis que cela en valait la peine. Parce que je n’aurais plus à voir  ÇA –>
mais surtout parce qu’il apporte enfin à la pièce cette luminosité et châleur si particulière que je souhaitais lui donner et cela transforme tout….  sauf moi bien sûr.

La preuve : depuis quelques jours mon clavier donne des signes de faiblesse et me voilà désespérée (et c’est à peine une exagération !) car au fil des ans, il m’a offert un toucher incroyablement agréable et reposant et cela compte lorsque l’on doit chaque jour passer un nombre d’heures infinies à tapoter sur des touches.
A l’époque, cela semblait une folie de dépenser autant d’argent dans un clavier, d’autant que nous étions même partis à Zaragoza pour aller le chercher.
Aujourd’hui, il est introuvable sur le marché, sauf avec un clavier anglais et à un prix “délirant” !
Oui, mais… qui sait si cet animal en moi qui aspire d’une certaine manière au “luxe, calme et volupté” saura résister ? car cela fait bien longtemps que mon clavier a rejoint ma liste des meilleurs achats que j’ai fait dans ma vie !!!

Décidément… il sera long mon chemin vers le détachement et la mise en ligne de notre appartement sur un site d’échange.

 

Humeur : L’invitation au voyage – Léo Ferré

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17 réflexions au sujet de « Les objets »

  1. J’aimerais voir, à défaut de toucher, ce clavier, car jamais je n’ai pensé qu’un clavier pouvait procurer autant de bien-être. S’agit-il bien d’un clavier d’ordinateur ? Ou es-tu pianiste ?

    • Je suis tellement obsédée par cet objet que je n’ai même pas pensé à une possible confusion. J’ai pourtant un autre clavier (Un vieux Roland avec un toucher et un son relativement proches du piano) mais je l’utilise tellement rarement que s’il était plus esthétique, on pourrait penser que je l’utilise à titre décoratif…

      Il s’agit bel et bien d’un clavier d’ordinateur et plus précisément, pour répondre à ta demande, de celui-ci:
      http://www.clubic.com/article-15675-1-logitech-dinovo-media-desktop.html

  2. je restaure des meubles et des objets pour le plaisir. j’achète en brocante, emmaüs, vide grenier et j’entrepose l’objet et je vais des jours et des jours passer devant lui sans le toucher, juste le regarder et un jour, je sais, je sais comment je vais faire, je sais surtout quel résultat je veux obtenir, et là l’objet ne me lâche plus comme un amant, je le touche, le caresse, le travaille, il habite mes pensées… et lorsqu’il est fini je sais exactement où il va aller. du coup je n’arrive pas à vendre ou donner mes objets, je les garde. je sais qu’un jour il va falloir me séparer de certains je ne sais pas comment je vais faire, peut être comme une séparation, un deuil long et douloureux… et en même temps j’aime les maisons claires sans bibelots je ne travaille que sur des choses un peu volumineuses et je ne pourrai jamais vivre dans une maison musée, tu vois la contradiction existe chez d’autre Mia…pour ton clavier tu es essayer le bon coin? on trouve des choses incroyables!

    • Tu as décidément pleine de talents Seia.
      Je t’envie beaucoup cette habilité. Ton attachement aux objets me semble bien plus « légitime » que le mien car il y a justement un très fort investissement et par conséquent, toute une charge émotionnelle qui ne peut être qu’importante. A ta place, j’aurais sans aucun doute encore plus de mal à me séparer d’un objet alors même que je jette ou donne très facilement les choses dont je me suis lassée ou qui n’ont plus leur place suite à un changement.

      Pour ce nouvel appartement, je me suis résolue (devant les prix exhorbitants des devis que j’avais demandés !) à faire 2 meubles pour compléter les éléments existants de ma bibliothèque (des trucs basiques, dans le genre des bibliothèques à case d’Ikea). Les trucs basiques se sont en fait avérés être un « cauchemar » du fait de la multitude de trous à faire qui devaient être parfaitement centrés et alignés. Le résultat final étant par ailleurs loin d’être parfait, je pense que si je parviens un jour à me décider à les faire fabriquer, je jetterai sans aucun regret ce que j’ai fait et qui m’a pourtant demandé plusieurs jours de travail :D
      Je devrais clairement me contenter de dessiner des meubles et les faire réaliser par d’autres !

    • Non, je n’avais pas pensé au bon coin car je voudrais un exemplaire neuf pour être certaine qu’il va me durer aussi longtemps que celui-ci (qui fonctionne d’ailleurs encore malgré ses 10 ans d’usage intensif !!!) mais je vais tout de même y faire un tour. Peut être y trouverais-je comme sur Ebay, un exemplaire neuf

  3. Et exister dans une déco à la japonnaise ? http://www.decoration-asiatique.com/wp-content/uploads/2012/08/interieur-japonais.jpg
    Je me suis toujours demandé ce que ça faisait, de vivre dans un intérieur le plus sobre possible, avec seulement l’essentiel. On atteint la zénitude ou la déprime ?

    Pour le clavier, est-ce que la marque existe toujours ? Peut-être que sur internet, tu pourras trouver de nouvelles gammes du même constructeur…

    • Il fut un temps où j’ai été tentée par ce genre de déco mais je n’ai pas pu renoncer au confort d’un canapé ou d’une chaise ou même de quelques éléments (pots, bougies, livres… ) apparents pour créer des touches de couleurs et un faux désordre (fort limité tout de même car j’ai besoin d’espaces dégagés, « propres », harmonieux) que j’associe au mouvement, à la vie.
      Bref, même si j’aime les espaces vides et les meubles epu encombrants et lourds, je ne serais pas capable de vivre dans un espace comme celui-ci car il me semble alors que tout est plus figé, que l’ajout ou la suppression d’un objet est rendue impossible sans risquer de rompre aussitôt l’harmonie de cet agencement. Or, j’aime le mouvement et le changement !

      Comme tu pourras le voir sur le lien que j’ai laissé dans mon commentaire à Cristophe, la marque existe toujours mais ils ne font plus ce modèle. Prévoyant que mon clavier pourrait me lâcher, j’avais donne´une chance à leur dernier modèle « edge » mais cela n’était pas la même chose. Bel objet mais touche bien moins agréabe. Je l’ai donc renvoyé. Il semble maintenant qu’ils abandonnent la gamme diNovo. Dommage !

  4. Je suis de ceux que les objets alourdissent. J’ai trop longtemps vécu dans une maison où tous les moindres recoins étaient remplis par des objets, j’en ai (presque) développé une phobie. Installée dans mon chez moi, je suis plutôt « japonaise attitude » et pour répondre au commentaire précédent, je suis très loin de la déprime : c’est la zénitude absolue…
    En m’installant j’avais lu un petit bouquin, « l’art de l’essentiel » . J’y ai gagné en légèreté même si je triche parce qu’il est préconisé que seules 7 choses nous sont vraiment utiles dans la vie…
    Bon mais assez parlé de moi, as tu résolu ce problème de clavier ?

    • Non, au contraire, tu fais bien de parler de toi car c’est justement cela qui m’intéresse beaucoup. Connaître votre relation aux objets, votre expérience et vécu avec eux. Pour moi chacun de vos commentaires sont comme une fenêtre qui s’ouvre, qui m’ouvre sur autre chose. :)

      C’est amusant car je me dis que mon rejet des bibelots et mon goût pour le « vide » vient justement peut-être aussi s’inscrire comme une autre rupture avec le mode de mes parents : ma mère adore les objets anciens, et plus particulièrement, ceux n’ayant (plus, si jamais ils en ont eu une, autre que décorative) aucune utilité et mon père déteste les espaces vides…

      Quelles sont ces 7 choses vraiment utiles dans la vie ?

      Quant à mon clavier, je continue à changer ses piles (rechargeables), croiser les doigts et… lui dire que je l’aime et qu’il n’a pas le droit de me lâcher comme ça car je ne saurais vraiment pas quoi faire sans lui ;-)

  5. Je comprends tout à fait le sens de ce billet… J’adore les luminaires et j’en ai jeté quelques centaines de kilogs. J’adore notre table contemporaine à la mécanique sublime et transparente et lègère à souhait mais elle est rayée pourtant nous ne l’utilisons qu’exceptionnellement… J’ai donné des meubles séculaires mais notre bibliothéque est Ikéiste et perso et à nous… Je me suis offert un porte papier-toilette à 65 Euros… Eh merde, nous n’avons qu’une vie !!

    Bleck

    • Je n’ai pu m’empêcher de sourire en lisant ton commentaire car…
      – J’ai moi aussi une table contemporaine avec un plateau en verre noir (pas trop rayée malgré notre usage journalier car j’utilise des sets de table ainsi que des dessous de plats pour la protéger), dotée d’un double système à rallonges que j’adore car je trouve cela super bien conçu même si les déménageurs n’ont à mon avis pas bien su la remonter car une des pièces est récemment tombée (et je suis incapable de savoir où elle va) !!!
      – que je préfère le design de certains meubles Ikea a d’autres, d’une qualité sans aucun doute bien meilleure et qui ont certainement requis un savoir-faire et un travail incomparables.
      – que j’ai été tout aussi capable il y a quelques années de dépenser 80€ pour un bloc à couteaux en métal et plastique !
      Oui, on n’a qu’une vie et c’est vrai que c’est important de s’en rappeler.

    • Bonjour Nadya, tout va bien rassures-toi.
      Juste un problème d’ordi qui est venu s’ajouter à un agenda hyper chargé et des week-ends pas forcément reposants. Du coup, lorsque j’ai la possibilité de me poser un peu, j’ai tendance à préférer mon lit plutôt que mon fauteuil de bureau, aussi confortable soit-il :-)

  6. Je fais partie – encore – de celles qui ne jettent rien parce que « on ne sait jamais » et  » au cas où ». Comme toi, j’aimerais me défaire de tous ces trucs (enfin pas de tous parce que, puisque je n’ai pas de racine familiale, certains des objets qui m’entourent jouent ce rôle)… Sauf que je vais partir pour longtemps sur les routes et donc, j’ai entamé un dégraissage histoire de pouvoir garder (chez un copain) environ 2m3 de trucs. pour l’instant je vends/donne quelques uns de mes livres. La suite, on verra…

    • H2O fonctionne comme toi et au fil des ans, j’ai pu voir le déchirement dans lequel il est lorsqu’il doit jeter quelque chose. Heureusement pour lui (et pour moi aussi), il commence à se détacher de ce type de peurs.

      Pour ma part, mes nombreux déménagements (j’en ai oublié le nombre exact mais je dois être aux alentours de 30) m’ont beaucoup aidée à me défaire de choses et je pense que cette nouvelle étape dans ta vie te permettra aussi au final de réaliser que « l’on voyage mieux en voyageant léger », dans tous les sens du terme. [En écrivant ceci, je réalise que mon « obsession » pour ne voyager qu’avec une seule valise (au format cabine) vient certainement de cette pensée/croyance que j’ai ! SI seulement je pouvais considérer le reste de ma vie comme un voyage !].
      Mais en attendant, je peux aisément concevoir qu’il s’agit d’une démarche et d’un processus douloureux pour toi. Ceci dit, tu me donnes aussi curieusement l’impression (ne me demande pas d’où cela vient) d’être parfaitement capable de gérer tout aussi bien le « dénuement ».
      J’espère te lire ici avant que tu ne partes et si tel n’est pas le cas alors… bonne route à toi Marie.

    • Oui, Mahie, je suis toujours là, très en pointillé, faute de temps et d’énergie mais sans aucune volonté de laisser tomber mon blog. D’ailleurs, promis, je m’attelle dès maintenant à vous donnner quelques nouvelles.

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