Mères

Le 8 février était l’anniversaire de ma mère.
Le 9, celui de ma belle-mère.
De toute la famille d’H2O, c’est la seule personne pour qui je n’ai jamais ressenti de colère, d’irritation ou même de déception.
En pensant à nos mères, à ces 2 femmes, à la fois différentes et semblables, j’ai pensé qu’H2O et moi avions beaucoup de chance.

Ce qui m’a souvent frappé chez elles, c’est qu’elles semblent principalement constituées d’amour. D’un amour qu’elles répandent généreusement autour d’elles sans que jamais pourtant il ne se fasse pesant ou intrusif, “pressionant” ou manipulateur.
Je n’ai jamais détecté en elles une once de méchanceté ou même de mesquinerie ; ce qui je dois le reconnaître ne cesse de me fasciner car je n’en suis pour ma part malheureusement pas exempte.
Et je crois que même si ma part rationnelle sait bien que cela ne fait pour autant pas d’elles des “saintes”, il n’en demeure pas moins que j’ai un peu tendance à oublier qu’elles sont bien humaines et donc elles aussi sujettes aux effets du temps.

Il y a 2 ans de cela maintenant, on a détecté que ma belle-mère était atteinte de la maladie de Parkinson. L’été dernier, j’ai proposé à H2O d’aller exceptionnellement passer notre semaine de vacances estivale chez ses parents (en récompense de ne pas avoir cédé aux “sirènes” du we familial !).
Je n’avais pas eu l’occasion de la voir depuis l’annonce de sa maladie. J’ai eu un choc qui n’a malheureusement pas été atténué lorsque je l’ai ensuite revue à Noël dernier.
La femme gaie, active et indépendante est désormais tenaillée par son incapacité à faire et par la peur de tomber, sans même parler des terribles effets secondaires de son traitement qui la laissent nauséeuse et la vision brouillée, l’obligeant ainsi à passer des heures étendue.
Lorsque je la regarde, il m’est difficile de retrouver la femme qu’elle était. Seule la bonté de son regard n’a pas changé mais celui-ci se noie désormais facilement de larmes.
Elle qui a toujours été très mince semble désormais squelettique. La voir et la sentir si frêle et fragile, soudain si vieillie me bouleverse tant il me semble que je pourrais la casser en deux rien qu’en la serrant un peu plus fort contre moi.

Faute de partager une même langue, nos communications ont souvent été limitées à l’échange de quelques mots et de gestes mimant ce que nous souhaitions ou pensions et surtout à des regards, des sourires  et des rires.
Le rire ne fait plus partie d’elle mais les regards, les sourires et les gestes que nous échangeons ont encore gagné me semble-t-il en intensité. Un sentiment d’urgence peut-être. Un besoin d’aller à l’essentiel aussi, je crois.
Sinon, comment expliquer qu’à un moment où nous étions seules toutes les 2, assises l’une à côté de l’autre sur le canapé, les mots ont franchi mes lèvres sans même que je n’ai décidé de les dire.
Je lui ai dit que je l’aimais. Elle m’a répondu moi aussi.
Elle m’a dit qu’elle m’aimait. Je lui ai répondu moi aussi.
Et nous avons toutes deux pleuré silencieusement dans les bras l’une de l’autre.

Curieusement, je ne me souviens pas avoir partagé ce genre d’intimité avec ma mère. Peut-être parce que, malgré ses très nombreux problèmes de santé, c’est une femme sans cesse dans la lutte et d’une certaine manière, dans la résistance et même la contention de ses émotions.
Mais je n’oublie pas de lui dire que je l’aime même si je ne conclue pas chacun de mes mails ainsi, contrairement à elle.
Et puis, j’ai suivi le conseil d’H2O et lorsque je l’ai appelée pour lui souhaiter un bon anniversaire, j’ai partagé avec elle toutes ces pensées qui m’étaient venues et notamment à quel point je lui étais reconnaissante d’être ce qu’elle était.

Chiodo s’effraie de réaliser qu’elle ressemble finalement beaucoup à sa mère.
En ce qui me concerne, j’aimerais pouvoir m’inspirer un peu plus d’elle car je n’ai nul doute que je serais ainsi une bien meilleure personne.

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21 réflexions au sujet de « Mères »

  1. Je suis profondément émue après la lecture de ce billet.
    « Un sentiment d’urgence peut être » …un constat que j’ai été amené à faire dans des situations similaires. Il me semble que lorsqu’on mesure le temps, on mesure moins ses mots. On lâche du lest à ses émotions et ses sentiments pur pouvoir s’élever au-dessus des ombres nuageuses que sont d’éventuels regrets. Subitement, il n’y a plus de place pour les non dits. La priorité est donnée aux mots d’amour bien dits.
    Chaque fin d’échange avec mon unique frère se termine dorénavant par un « je t’aime » dont nous mesurons, l’un et l’autre, l’impact. C’est un puits sans fond dont on extrait la force pour tenir bon.
    Besos

    • Quant à moi, ton commentaire m’émeut tout autant.
      Tout d’abord, parce qu’il exprime si clairement le processus mais surtout parce que j’imagine tout aussi clairement l’impact que cela peut avoir sur toi tout autant que ton frère. Et quelque part, aussi curieux que l’association des mots paraisse, je te livre, justement sans retenue, ce qui me vient, ce qeu je ressens: cela me bouleverse de bonheur pour vous.

      • Par contre, j’ai été un peu désemparée quand un ami m’a serrée dans ses bras récemment et m’a glissé un « je t’aime » à l’oreille au moment où nous prenions congé après une soirée. Non pas que je sois gênée par ces mots car il n’y a pas d’ambiguïté dans notre amitié homme-femme mais parce que ça pouvait signifier l’annonce d’une fin imminente. Cela m’a laissé un sentiment bizarre. Ce soir-là, j’étais autrement perceptive aux marques d’affection. Sur le qui-vive et très certainement perturbée par des évènements nouveaux. En d’autres circonstances, j’aurai sans doute réagi différemment mais l’ami ne m’aurait pas dit ces mots-là non plus.
        Il me semble donc qu’il y a des moments précis pour exprimer ce qu’en d’autres occasions, on ne ferait que penser tout bas, taire ou juste suggérer. Ce sentiment d’urgence libère la parole et désinhibe.

      • C’est troublant. En te lisant, j’ai eu cette impression de déjà vu ou plus exactement déjà vécu/ressenti, sans pour autant parvenir à mettre un souvenir précis sur la personne avec qui j’ai pu avoir cet échange, ni même le contexte d’ailleurs.
        Mais en moi, il y a ce souvenir d’une inquiétude et d’un pré-déchirement sur ce qui allait venir.
        Oui, troublant…

  2. J’ai mesuré toute l’importance de le dire régulièrement à mes enfants, « je t’aime » , je l’ai écrit adulte,une fois à mon père dans des circonstances particulières mais on ne l’a plus évoqué après , parce que chez nous, dans ma famille d’origine , on ne disait pas ces mots là…pas directement en tout cas. J’ai réalisé en te lisant que personne ne m’avait jamais dit dans ma famille , proche , parents et frères ,et plus lointaine, ces mots là…

    • Cela te surprendra peut-être mais en dehors de ma mère et maintenant de mes soeurs envers leurs enfants, ce sont des mots qui ne sortent pas « naturellement », spontanément entre nous. En fait, et comme souvent dans ces cas là je crois, il a fallu un drame ou plus exactement un événement profondément bouleversant qui aurait pu tout ravager pour que nous nous le disions enfin entre nous… dans la douleur et les larmes.
      Les « Je t’aime » n’ont plus été prononcés depuis mais, cela ne me dérange pas à vrai dire car, depuis toujours (et peut-être n’est-ce pas un hasard), je tends à accorder plus d’importance aux actes qu’aux mots et donc… je préfère des « je t’aime » indirects même si les mots ont aussi leur importance.

  3. Louis Chedid : « On ne dit jamais assez au gens qu’on aime qu’on les aime »… (Audrey)

    Dire « Je t’aime » d’accord mais pas tout le temps, sinon ça devient mécanique comme « Bonjour, ça va ? » alors qu’on ne s’inquiète pas sincèrement de la santé de l’autre. Pas tout le temps mais ça peut être souvent, pourquoi pas, si ça vient ainsi. (Cristophe)

    • Je ne connaissais pas du tout cette jolie phrase. Merci Audrey, d’autant que j’aime bcp la sensibilité de Louis Chedid même si au final je ne connais que peu de choses de lui.

      Je te rejoins entièrement Cristophe. Il est important de garder son sens et sa valeur aux mots. Pour autant, je me demande si c’est un problème de répétition ou un de contexte et d’émotion. En pensant à Ksenia par exemple, il me semble que, dans certaines circonstances, à certains moments de la vie, on pourrait se le dire tous les jours et même plusieurs fois par jour sans que jamais ces mots résonnent moins. En pensant à mes soeurs, et notamment à l’une d’entre elles qui répète sans cesse à ses filles (encore petites) comme elle les aime, je peux mesurer l’impact que cela a sur elles et me dis donc que c’est important.
      Ceci dit… il m’arrive de répondre à H2O « moi, pas maintenant » ou encore « laisse moi y penser » lorsqu’il me dit (un peu trop facilement et fréquemment, à mon avis) qu’il m’aime !

  4. j’aime dire je t’aime… je le dit assez facilement… mais jamais, jamais si je ne le pense pas, même si l’autre réclame je ne le dit pas, c’est un mot précieux qui englobe un sentiment très noble qu’il ne faut pas usurper… j’ai toujours regretté de ne pas l’avoir dit à mon père, peut être parce que à l’époque j’étais plus dans l’admiration que l’amour… aujourd’hui 20 ans après sa mort je lui dit que je l’aime lorsque je vais lui dire bonjour …
    Mia, tu as une très très grande sensibilité, elle est précieuse, prends en bien soin mais prends aussi bien soin de toi…

    • Je me suis construite en utilisant pour partie l’image de mon père (pas parce que je l’admirais mais parce que c’était plus facile et plus valorisant) et du coup, il m’a fallu attendre bien des années pour que les mots « je t’aime » sortent, avec hésitation et réticence, de mes lèvres.
      Bien des années après, les mots sortent heureusement bien plus facilement mais y demeure une charge émotionnelle et, tout comme toi, une sorte d’association à quelque chose de « supérieur », qui me donne envie d’en préserver le contenu, de ne pas le galvauder.
      J’aime beaucoup cette idée de toi continuant à parler à ton père et « libérant » enfin ces mots.

      Oui, Seia, tu as raison et je crois avoir bien intégré tout cela et travailler à maintenir le délicat équilibre entre prendre soin de soi sans chercher à se protéger pour autant :)

  5. Ton billet est très fort, émouvant bien évidemment.

    Je veux croire que le mot amour, le je t’aime peut se marier a plusieurs interprétations tant qu’il est sincère et puis l’amour peut être passager et très fort. En ce qui me concerne c’est l’intensité qui m’intéresse pas la notion d’éternité.

    Bleck

    • Ton commentaire m’a amenée à m’interroger sur ce qui moi, m’intéressait dans l’amour. Curieusement, je n’avais jamais considéré cela sous cet angle et il me semble que ce qui finalement m’émeut et me « séduit » le plus, c’est la profondeur (que je distingue de l’intensité) et la diversité des formes qu’il peut prendre.

  6. Tout simplement … Mia, je t’aime.

    Même si tu le savais déjà, cela ne fait de mal à personne que de l’écrire. Ces mots ne s’effaceront que lorsque tu le souhaiteras.

    Bonne journée

  7. Tout simplement… merci, même si ce n’est pas toujours simple de recevoir ces mots tant il me semble que leur portée émotionnelle est aussi importante pour toi que pour moi.
    Il est donc hors de question que j’efface ces mots.
    Je les reçois comme un cadeau et je pense par ailleurs que même si cela ne fait de mal à personne que de les écrire, ils n’est pas non plus forcément facile de le faire…
    Je suis heureuse de te « retrouver »… tout simplement aussi ;)

    • Merci beaucoup de tes mots Marie.
      Il semble malheureusement que tu aies raison. Il semble que son traitement parvienne à relativement bien stabiliser la maladie mais les effets secondaires sont chaque fois pires et surtout… son moral est au plus bas ; ce qui nous inquiète bien évidemment plus qu’autre chose tant l’état émotionnel joue un rôle important.
      Nous serons de nouveau auprès d’eux au mois de juin. A voir alors…

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