Bon, je l’avoue, je n’avais à priori pas envie de répondre à ce tag qui semble frapper tout le monde (pire que la grippe qui sévit en ce moment !). Par manque de temps mais aussi parce que même si j’adore les délires chez les uns et les autres (et même parfois les miens !), je n’avais pas envie de consacrer mon peu de temps et d’énergie là-dessus.
Et puis j’ai lu les réponses d’Elcanardo et cela a été comme un déclic émotionnel et mental. Ce tag prenait soudain sens !
J’ai compris qu’en le traitant de manière “sérieuse” et profondément sincère comme Elcanardo l’avait fait, je pourrais continuer à prendre des “instantanés” de moments de ma vie et même… balancer pèle-mêle tout un tas de trucs sans forcément qu’ils aient un lien entre eux !!! Or vu comme je n’en peux plus d’être hyper structurée en ce moment, et que selon ma quiro (qui est un peu barge mais qui assure dans pas mal de domaines), il faut que je fasse des breaks parce que toute cette activité mentale que j’ai et aussi réjouissante qu’elle soit pour moi et ben, ça ne leur plait pas du tout à mes surrénales et que c’est pour ça que… mais bon, on s’en fout.
1. Quand tu es jeune, tu es parfois très con et très naïf. Ce qu’il y a de bien, c’est que ton degré de naïveté peut atteindre de tels niveaux que tu n’es pas conscient de l’étendue de ta bêtise et de ton peu de crédibilité mais penses au contraire assurer un max. Tel était mon cas en tout cas !
Deux étés de suite, alors que j’avais -je crois- alors 14 et 15 ans, je me suis faite passer pour une américaine ou en tout cas en ai eu l’intention et ai tout fait pour. Vu mon niveau d’anglais à l´époque (pour que tu aies une idée, j’étais dans un lycée publique “bien de chez nous” où la prof nous enseignait l’anglais en nous faisant écouter Barbra Streisand et nous faisant répéter –en français of course- des mots anglais qu’elle nous balançait de temps en temps, genre “ceci est une bottle, repeat after me : bottle. Bien. Voyons maintenant comment on dit verre… “), je me dis que j’avais décidément une sacré dose d’inconscience… Etait-ce pour faire mon intéressante ou au contraire pour décourager certains dragueurs ? Je ne sais plus mais je me souviens en revanche avoir rapidement découvert que cette idée apparemment aussi sotte que grenue présentait certains avantages auxquels je n’avais pas du tout pensés. En effet, en dehors d’une fois où l’on m’a gentiment présenté l’un de mes compatriotes (qui “curieusement” s’est demandé de quelle partie des Etats-Unis je pouvais être pour me payer un tel accent… ), les types qui me draguaient étaient en général encore plus nases que moi en anglais et ont tous complètement cru à mes “je palrle djeuste e peti peu le frlançais et je comprendrle pas twouè bien mais… si tou palrles lentement à moi allors OK”.
Bon, c’est pas que je me faisais beaucoup d’illusions sur les garçons (tous mes amis et copains se conjuguaient alors uniquement au masculin) mais j’ai quand même appris vachement de choses. Je m’admire encore d’avoir pu jouer l’amerloque qui pigeait que dalle pendant que ces types et leurs potes dégoisaient sur moi. J’aurais dû faire actrice
2. Je crois que c’est au cours de l’un de ces étés qu’il m’est arrivé un truc un peu étrange. (Désolée Pakita, lorsque j’ai lu ta question, rien ne m’est venu sur le moment. Seulement maintenant !)
Lui et moi nous rendions au supermarché du camping. Lui avait une 20aine d’années et c’était le boy-friend de notre voisin de tente. Nous marchions côté à côte lorsque soudain, il m’a plaquée contre lui et a tenté de m’embrasser.
Malgré le choc dû à la surprise, rien de traumatisant pour autant mais une grande incompréhension. Je me souviens m’être demandée pourquoi il avait tant envie de m’embrasser puisqu’il était homosexuel et que l’on pouvait difficilement me confondre avec un garçon ? A cette époque, on ne parlait pas encore de bisexualité et je ne savais même pas que ça existait. Depuis, j’ai eu beaucoup d’amis homosexuels mais aucun ne m’a jamais fait la moindre avance.
3. Dans ma vie, j’ai eu quelques surnoms qui parlent peut-être finalement plus des personnes qui me les ont donnés que de moi mais… peut-être tout de même un peu quand même : p’tit pignouf, l’emmerdeuse (et sa variante : la chiante), Cruella, Marquise (dans le cadre d’une correspondance dangereuse… ), la fée du joli et même dernièrement Mme la ministre puis Mrs Thatcher (dixit mon amie Chiodo qui à l’origine faisait référence à mon agenda mais… sa référence à The dame de fer m’inquiète un peu).
NB : Liste non exhaustive car j’en ai certainement oubliés, sans même parler de ceux que j’ignore…
4. Malgré moi et malgré aussi pas mal de circonstances, j’ai finalement eu beaucoup de chance. Parce que j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont aimée lorsque moi-même j’en étais incapable. Parce que j’ai aussi croisé ou été entourée par des gens qui ont contribué (souvent involontairement et/ou indirectement d’ailleurs… ) à me faire grandir.
Et peut-être aussi parce que j’ai eu la chance de réaliser assez tôt que… j’avais de la chance ou peut-être plus exactement, de considérer les choses ainsi. Je ne suis pas quelqu’un d’optimiste mais j’ai appris à faire la part des choses et à les considérer pour ce qu’elles étaient. Le regard, la perspective que l’on porte sur soi-même et les autres, sur notre environnement, c’est finalement tout ce qui fait la différence. Et elle est parfois énorme !
5. Il y a bien des années de cela, la gorge serrée et le front douloureux, j’ai demandé à un homme s’il était possible d’oublier. Il a à son tour baissé les yeux sur ses souvenirs et il m’a répondu que non mais que l’on cessait d’y penser. Il avait raison. En partie.
Car je réalise aujourd’hui que l’on peut oublier des choses, même celles qui nous semblaient importantes et précieuses. Même celles que l’on pensait ne jamais pouvoir oublier… Je mesure tout ce chemin parcouru et m’en réjouis mais peut-être est-ce pour cela aussi que j’aimerais pouvoir retenir ces souvenirs qui me fuient et ce passé qui se déconstruit.
Humeur : No room for doubt – Lianne La Havas